Les Mots

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La martienne

 

  

Savez-vous ce que c’est de vous réveiller un matin, pensant s’être couché la veille, et vous vous apercevez que vous venez de dormir 30 ans ridiculement ? Non ! J’en suis certaine. Cela ne peut arriver qu’à moi, qui suis une espèce de « martienne » vivant parmi le Terrien qu’elle ne comprend sur aucun point.

 

Non, ne rigolez pas ! Ça existe. Vous verrez, lorsque quelques lignes plus loin je vous ferai entrer dans l’intimité de mon profond sommeil et que votre matière grise se distordra, se questionnant à tout va ; comment est-ce possible ? Est-ce que je dors moi aussi ? Je vois que déjà que dans votre cerveau les questions fusent.

Vos convictions sont de plus en plus ébranlées ; déjà vous vous dites que c’est moins drôle et votre sourire s’estompe. Si sourire vous fait du bien, si ça vous rassure et vous amuse, alors souriez ! Ne vous gênez surtout pas pour moi. Oui, parce que je ne vous avais pas dit que le genre de martienne que je suis ne comprend pas lorsque l’on se moque d’elle. Alors surtout ne vous en privez pas. Faites comme si je n’étais pas là.

 

Il faut peut-être que je commence ? Mais, je crois que je veux retarder le plus possible l’heure du départ de la « course », je me sentirai peut-être moins ridicule… en repoussant. Et pourtant, je me demande ; qu’est-ce quelques minutes de plus comparé aux 30 ans passés ? Décidément, je suis incorrigible.

 

Dans les premières années de mon existence, pour les autres, en quelque sorte « toi », j’ai toujours été vue comme quelqu’un « qui n’a peur de rien ». J’ai utilisé cette métaphore qui veut, à la fois, tout dire et ne dit rien...

Je vous rassure tout de suite, je n’ai toujours pas peur. Je suis toujours la même martienne, avec quelques années en plus et une peau de pêche moins fraîche. Sinon, tout le reste me semble intact.

Si l’un de mes nombreux sommeils prolongés n’a pas endommagé un, ou plusieurs, de mes neurones, je dirai que j’étais ce que vous appelez sur terre une fonceuse, dynamique et audacieuse. C’est mon auto-évaluation. Non, je ne me couvre pas de fleurs. Avez-vous oublié que je suis une martienne et que les fleurs sont des espèces rares sur Mars ? Bien ! Alors, continuons...

 

A l’époque, j’aurais très certainement su me décrire bien mieux que ça. Mais ces sommeils répétés n’ont rien eu de bon, du moins pas encore. Mais il est vrai que chez vous, sur terre, les bienfaits ne sont pas immédiats.

Le Terrien est dans une perpétuelle attente. Je serai même tentée de dire que c’est l’attente qu’il trouve bienfaisante. Manifestement, je ne le comprends pas, le Terrien.

 

*-*

 

Les martiens sont d’une exactitude sans faille et donc je dois préciser à la façon martienne que ce n’est pas exactement les premiers 20 ans de mon existence que l’on peut décrire ainsi, mais précisément 17 ans. Car c’est à ce moment là que j’ai ma première « confrontation » avec un Terrien. Le premier et le dernier qui m’assommera de cette façon. Je reste éveillé mais néanmoins sonnée, pieds et mains liés pour un bon moment.

 

Chez les Terriens, je ne sais pas comment ça se passe. Mais moi, la martienne, je n’allais pas me laisser abattre de la sorte. Je suis restée à terre, le temps de reprendre mes esprits et un peu de souffle. Mes idées, quoi. Et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, me voila prête à affronter sur Terre cet espèce d’êtres que, je dois vous l’avouer, je trouve bizarres. Je sais, pour vous Terriens ce sont les martiens qui sont bizarres. Je vais feindre d’accepter que ce point de vue est raisonnable… en adoptant votre angle de vision. Mais, n’y voyez pas là une quelconque adhésion ou cohésion.

 

Nous, les martiens, nous sommes des êtres qui donnons notre confiance facilement. Mais, dès lors que celle-ci est trahie, on la reprend dans son ensemble avec, en guise de bonus, les tripes de l’infâme. Par contre, nous devenons adultes bien plus tard que vous. Vous êtes, ou vous considérez, adultes vers vos 18 ans. Ce qui voudrait dire qu’à cet âge vous êtes sensés être « sages ». Or, chez nous la sagesse s’acquiert, en âge humain, vers vos 30 ans. Mon immaturité ne m’a donc pas permis d’étriper le premier Terrien sur le coup. Et puis, sur terre vous avez ce que vous appelez une justice que nous martiens voyons comme une comédie. Une comédie comme celles que vous passez sans cesse dans ce petit appareil que vous appelez télévision.

 

Sur votre planète, un martien n’a donc pas le droit de se faire justice comme il en va de ses habitudes. Ce que, bien évidemment, je déplore, mais je me plie à vos volontés puisque je vis parmi vous. Cependant, il reste un bémol, je pense comme une martienne et donc il est possible que je change d’avis, je bafoue vos lois et vos principes. La loi du talion, tu connais ? Cette phrase que vous utilisez souvent ; œil pour œil dent pour dent ? Nous les martiens, nous la mettons en application. Mais uniquement avec ceux qui croient pouvoir défier notre « in humanité ». "Les blessures tombent sous la loi du talion. Après, quiconque y renonce par charité, cela lui vaudra une expiation." Telle est notre doctrine. Mais toi, mon liseur, surtout, n’aie pas peur. Je ne pense pas avoir quoi que ce soit contre toi, tu n’as donc rien à craindre… Quoique.

 

J’avoue que quelquefois j’ai envie de jouer avec les nerfs des Humains, de les effrayer. Mais je me retiens. Il me semble que j’ai été contaminé par le virus appelé humanité, du fait de vivre chez-vous. Atteinte, un tant soit peu, de cette infirmité, je m’efforce de ne pas effrayer tous les humains. D’ailleurs, pour certains, ils se sont effrayés eux-mêmes, en nous imaginant de « petits hommes verts », minces, avec une grosse tête et de grands yeux globuleux de couleur noire. Parfois, nous avons même des antennes et nous nous déplaçons dans des espèces de soucoupes plates. Les «OVNI», comme vous dites. C’est drôle, que l’humain sente le besoin de créer des créatures surprenantes pour se faire peur. Il passe son temps à imaginer l’inimaginable, alors même que son regard ne peut atteindre l’orbite de son propre nombril.

 

Ce serait volontiers que je t’expliquerai qui nous sommes, nous les martiens. Mais je crains fort qu’aucun être humain n’ait acquis la capacité de comprendre qui ou quoi que ce soit, même pas lui-même. Alors je ne me donnerai pas cette peine. Partager des secrets et des savoirs avec les êtres qui n’ont aucune estime de soi n’est pas envisageable, selon la valeur martienne.

 

Mais je crois que je m’écarte du sujet !? Tu aurais pu me le rappeler. Ah tous les mêmes, ces terriens. Vous écoutez, écoutez, sans rien entendre.

 

Heureusement que je suis là. Sinon, on serait resté longtemps sans venir à l’essentiel. Tu sais, au moins, ce qu’est l’essentiel ? Oui, je sais que pour vous tout est essentiel.

 

Vous changez de besoin suivant les saisons. C’est court, une saison. Non ? Tu t’en satisfais ? C’est dommage. Car si tu juges chaque chose en une seule saison, tu manqueras toute la beauté que l’ensemble. Mais le terrien n’en a que faire du vrai bonheur. Il se contente du semblant qui lui procure une seule saison. Alors même que sa vie est composée de suites, d’enchaînements, lui, il contemple uniquement le bourgeon, qu’importe la beauté de la fleur.

 

 

 

To be continued...

 



04/01/2019
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